Édouard Pelletan, né le 9 octobre 1854 et mort le 31 mai 1912 à Paris 6e.
Issu de la communauté protestante mais rallié aux idées positivistes, Édouard Pelletan, après une carrière au ministère des Affaires étrangères, ouvre le 1er février 1896, au 125 boulevard Saint-Germain, dans le local occupé naguère par la Revue illustrée de Ludovic Baschet, une galerie et maison d’édition sous le nom, jusqu’alors inconnu en bibliophilie, d’« Éditions d’Art Édouard Pelletan ». Dès ses débuts d’éditeur, dans une plaquette programme intitulée « Le Livre », il met en corrélation la typographie et l’œuvre d’un écrivain, l’esprit de la lettre et le texte. Réagissant à l’époque qui voyait, selon Henri Beraldi, « le livre comme un musée de dessins », Pelletan s’efforce de singulariser chacun de ses tirages, refusant la standardisation promise par « les techniques américaines », employant différentes couleurs d’encres et qualités de papiers, convoquant des ornementations originales et soignant jusqu’à ses prospectus ; bientôt, son art fit école.
Revisitant les grands classiques, il ouvrit aussi son catalogue à des contemporains comme Jean Lorrain, Anatole France (avec qui il était ami), Sully Prudhomme, Catulle Mendès, Jules Renard, etc. En 1906, Jérôme et Jean Tharaud obtiennent le prix Goncourt pour la réédition augmentée de Dingley, l’illustre écrivain : Pelletan est alors au faîte de la gloire.
Du côté des illustrateurs, il offrit à Henri Bellery-Desfontaines ses premières expériences livresques avec entre autres L’Almanach du Bibliophile (1898), et sollicita également Steinlen (pour illustrer notamment Crainquebille), Eugène Grasset, Auguste Leroux, Louis Dunki, Daniel Vierge, Paul-Émile Colin, Auguste Gérardin, Lucien Mignon, etc.
Éditant des ouvrages soignés et donc coûtant un certain prix, il lança cependant une collection populaire à 60 centimes le volume avec la « Bibliothèque sociale et philosophique » où parurent des essais, de sensibilité positiviste — dans la lignée de son maître et ami le philosophe Pierre Laffitte —, signés Camille Monier, Émile Corra, Paul Dubuisson, Périclès Grimanelli ou Anatole France.
Édouard Pelletan faisait entre autres imprimer ses livres à l’Imprimerie nationale, comme de nombreux bibliophiles, ainsi qu’à l’imprimerie Lahure, où une impression traditionnelle de qualité était permise avec un atelier de presse à bras. En tout, Pelletan aurait imprimé une soixantaine d’ouvrages à tirages limités : environ quarante-cinq ouvrages importants, et une quinzaine de plaquettes.
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