Créée par Simon Kra, en association avec son fils Lucien et ses sœurs, Hélène et Suzanne, au 6 rue Blanche dans le IXe à Paris, cette librairie devenue maison d’édition avait comme but premier de publier des volumes illustrés à tirage limité. Après avoir publié comme premier titre Les Flirts du mâle de l’humoriste Lucien Boyer, elle développa rapidement une édition de livres plus classique dans la forme, très soignée, sous la direction d’abord d’André Malraux (1921-1923), rejoint deux ans plus tard par Philippe Soupault, recruté par André Germain, et Léon Pierre-Quint, déjà sous contrat d’auteur et ami des filles Kra. Tout en ayant publié des auteurs fin de siècle, elle devint la maison d’édition des surréalistes avec pour auteur régulier André Breton et la première édition du Manifeste du surréalisme (1924). Germain y lança La Revue européenne que Kra conserva jusqu’en 1927, et qui engendra la collection du même nom, où ne parurent que des auteurs contemporains, puis « Les Cahiers nouveaux », où parurent La Liberté, ou l’amour de Robert Desnos qui valut à l’éditeur un procès pour outrage aux bonnes mœurs.
Jusqu’aux premiers effets de la crise de 1929, plusieurs collections de littérature et d’essais virent le jour comme la série « Documentaires », initiée par Pierre-Quint (1924-1939) qui permit de découvrir John Maynard Keynes, les « Panoramas des littératures contemporaines» (1928-1940), ou bien encore la « Fontenelle » dirigée par Georges Urbain et Salomon Reinach. Durant cette période, une série de livres remarquables fut produite avec l’artiste Yan Bernard Dyl.
Cette maison porta durant ces dix années plusieurs noms : Aux Éditions du Sagittaire [chez] Simon Kra, Simon Kra, ou Kra. En 1927, elle publie 4 titres par mois, engrange des bénéfices sur un chiffre d’affaires dépassant les deux millions de francs.
En 1930, alors que Soupault s’éloigne définitivement, Léon Pierre-Quint devient l’actionnaire principal du Sagittaire. Un immeuble est acquis, rue Henri-Regnault, où sont regroupés toutes les activités et un fort personnel. La famille Kra, dont le nom disparaît de la marque, se retire en partie et ouvre deux librairies, toujours rue Blanche. Pierre-Quint publia Paul Valéry, René Crevel, Thomas Mann. Un Gargantua illustré par Dubout eut un énorme succès. La collection « Byblis » composée de livres illustrés numérotés de haute tenue dont quatre Pierre Louÿs dépassa les 10 000 exemplaires. Durant l’été 1931, la crise rattrape l’édition française et Le Sagittaire doit revendre progressivement une partie de son fonds, son immeuble et licencier. L’adresse devient le 56 rue Rodier. En 1933, les Kra démissionnent, suivi par Pierre-Quint l’année suivante : toutefois, celui-ci reste directeur littéraire. Une réorganisation se fit par le biais de Marie-Madeleine Allard, Gabrielle Neumann, Edouard Roditi et Jérôme Jéramec, nommé administrateur-délégué, qui empéchèrent la liquidation. Durant cette période qui se termine en mai 1940, paraissent des titres remarquables dont l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton que Pierre-Quint était allé récupérer chez Robert Denoël, mais que le gouvernement de Vichy interdira de diffusion.
Durant les trois premières années de la Seconde Guerre mondiale, Le Sagittaire poursuivit son travail d’édition, réfugié rue du Vieux-Port à Marseille, avec Les Cahiers du Sud qui l’hébergèrent. Bras-droit depuis 1923 de Léon Pierre-Quint, Gabrielle Friedrich lui succéda à la tête de l’entreprise puis se réfugia dans la clandestinité après l’invasion de la zone libre ; auparavant, des traductions de romans américains et des récits de résistants furent publiés. Jean Beaufret puis Julien Luchaire furent un temps président et servirent de prête-nom. Le Sagittaire devient la cible de la censure, son catalogue placé sous l’œil de Vichy, et sortent moins de vingt titres dont une collection négociée avec le bien en vue Henri Pourrat.
En novembre 1944, à Paris, Le Sagittaire est réorganisé. Léon Pierre-Quint est élu président, poste qu’il conserve jusqu’en 1951, assistée de Gaby Neumann. On y publia notamment quatre titres d’André Breton dont Arcane 17 (1947), mais aussi Paul Eluard, Pierre Mabille, et le jeune Claude Simon. En 1947, la crise du livre frappe le pays et Pierre-Quint doit ralentir la production qui culmine de nouveau à trois titres par mois. Les Messageries Hachette cassent alors le contrat de diffusion au moment où sort Les Mauvais coups de Roger Vailland et la liquidation menace.
En 1951, Pierre-Quint se rapproche des éditions de Minuit dirigées par le jeune Jérôme Lindon qui, nommé président, appure les dettes et permet encore à la maison d’exister dignement. En 1954, le Club français du livre rachète la marque, Pierre-Quint se retire.
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