Denyse de Bravura, née en 1918 et morte en 1993, est une illustratrice et graveuse et connut une certaine notoriété entre 1942 et 1960. A son œuvre d’illustration, elle ajouta maints travaux divers, allant du dessin de mode au portrait, en passant par la publicité, les décors de ballet, etc. Après une enfance passée à Cannes, Denyse de Bravura « monte » à Paris, en 1938, pour tenter d’y percer grâce à son talent. Elle y rencontre Marcel Khill, ami de Cocteau, qui lui présente le célèbre poète, puis Coco Chanel, Max Jacob, Jean Marais, Christian Bérard, etc.
Fiancée avec Marcel Khill, elle a la douleur de le voir partir au front, en septembre 1939, et d’apprendre, après deux années d’une attente anxieuse, sa mort, survenue en Alsace en juin 1940, quelques jours après l’armistice. Lors de la débâcle de mai-juin 1940, elle avait trouvé refuge chez Renaud de Jouvenel, beau-fils de l’écrivaine Colette. Elle s’y lia d’une grande amitié avec Colette de Jouvenel, dite Bel-Gazou, fille de l’écrivaine. Après quelque temps passés à Cannes, en zone libre, où elle étudie dans l’atelier d’Édouard Mac-Avoy, elle se rend à nouveau dans Paris occupé pour tâcher d’y survivre. C’est le jeune éditeur Laurent Rombaldi qui lui confie son premier ouvrage à illustrer: « Le Portrait » de Nicolas Gogol, dont elle réalise les illustrations à la pointe-sèche. Malgré les difficultés matérielles multiples qu’imposent les temps de guerre et d’après-guerre, les commandes d’éditeurs se succèdent jusqu’à la fin des années 1950. Son dernier ouvrage est l’illustration des œuvres complètes de Julien Green qu’elle rencontre souvent. L’écrivain et son illustratrice s’apprécient mutuellement, partageant un même goût du rêve, des ambiances mystérieuses, fantastiques et tragiques. Revenue auprès de sa mère, à Mouans-Sartoux, elle travaille quelque temps, à la fin de ces mêmes années, comme décoratrice au Palm-Beach et auprès du Comité des Fêtes de la ville de Cannes. Après la mort de sa mère, elle abandonne toute activité artistique et se retire, en 1964, près du petit village de Tourrettes, dans le Var. Elle s’éteint à l’hôpital de Grasse en mars 1993. L’abondante correspondance de Denyse de Bravura, non encore publiée, constitue un témoignage vivant et précis de la vie et des luttes d’une femme du XXe siècle, qui s’est voulue totalement libre et vouée à son art.
A l’écart de tout courant artistique contemporain, les dessins de Denyse de Bravura sont d’un style « classique », l’artiste s’attachant à saisir avec exactitude les traits et les attitudes des personnages. Cependant, c’est peut-être l’âme « slave » de l’artiste (elle était d’origine russe par son père) qui transparaît dans l’oscillation entre deux extrêmes : soit la lourdeur d’êtres tristes, aux membres épais et aux regards un peu torves, comme dans « La Route au Tabac » d’Erskine Caldwell (Editions Le Pré-aux-Clercs), soit au contraire des personnages aériens, légers, dansant, comme dans « Le Château de Pictordu ».
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